Mes chers lecteurs,
C’est avec clarté que l’on peut constater que la trajectoire intellectuelle de Carl Gustav Jung ne saurait être appréhendée autrement que comme l’une de ces ruptures nécessaires sans lesquelles la pensée humaine ne progresserait point et n’accomplirait jamais la tâche qui lui incombe : se surpasser elle-même. Né en 1875 à Kesswil, dans le canton de Thurgovie, ce fils de pasteur héritait d’une double postulation, le souci de l’invisible et la rigueur des formes, qui allait commander toute sa vie intellectuelle, bien avant que l’inévitable rencontre avec Sigmund Freud, en 1907, ne vînt précipiter les choses vers une amitié aussi ardente que son déclin fut douloureux. Qu’il me soit permis de dire que cette amitié ressemble fort à ces mariages de raison conclus entre deux esprits incompatibles de tempérament mais complémentaires de méthode, et dont le divorce, lorsqu’il advient, enrichit davantage la pensée qu’il ne l’appauvrit. Car il est bien des ruptures qui valent mieux que mille accords.