Chers amis, chers lecteurs fidèles,
Bienvenue dans ce nouvel éditorial, le premier de ce mois d’octobre. Avant toute chose, je tiens à vous remercier très sincèrement pour votre fidélité. Mois après mois, vous êtes plus nombreux à nous suivre et c’est précisément cela qui donne sens à ce travail. Lacan n’est pas un auteur que l’on traverse seul. Il se lit, il se relit, il se discute. Merci d’en être.
Tout le mois de septembre a été consacré à une confrontation : celle du système sartrien et du corpus lacanien. Nous avons vu que leur désaccord, au fond, se noue autour d’une notion centrale : la liberté. Pour Sartre, la conscience est condamnée à être libre. L’homme est ce qu’il se fait, et l’inconscient freudien n’est à ses yeux qu’une forme de mauvaise foi, une manière de se dérober à sa responsabilité. Pour Lacan, au contraire, le sujet est divisé, il est parlé avant de parler. Il est pris dans le langage et dans le désir de l’Autre. Dès « Le stade du miroir », il prenait ses distances avec cette philosophie de la conscience autonome. Il ne s’agit pas pour autant de nier toute liberté. Il s’agit de la situer ailleurs : non pas dans la maîtrise souveraine d’un moi transparent à lui-même, mais dans la manière dont le sujet peut, par la parole, assumer ce qui le détermine. Ce nœud de discorde n’est pas un simple détail théorique. Il engage deux conceptions de l’homme et nous l’ avons vu.
Les trois derniers mois qui nous séparent de l’année 2027 resteront fidèles au fil rouge que nous avons choisi : les principaux opposants à la psychanalyse. Ainsi, nous aurons consacré toute cette année 2026 à examiner, avec sérieux et sans complaisance, les grandes oppositions qu’elle a suscitées. Une pensée qui ne se mesure pas à ses contradicteurs s’appauvrit. La psychanalyse n’a rien à craindre de la critique, à condition de lui répondre avec rigueur.
D’ici la fin de l’année, nous aborderons le fameux « Livre noir de la psychanalyse », paru en 2005, tristement célèbre pour la violence de ses attaques et pour l’écho médiatique qu’il a reçu. Nous examinerons ce qu’il dit, ce qu’il caricature, et ce qu’il nous oblige malgré tout à penser. Nous nous pencherons aussi sur les critiques sévères formulées par les tenants de la philosophie analytique. On pense à Karl Popper et à son exigence de réfutabilité, à Adolf Grünbaum et à sa mise en cause du statut épistémologique de la théorie freudienne, ou encore aux remarques de Wittgenstein sur Freud. Ces objections méritent mieux qu’un rejet de principe. Elles méritent une réponse.
Enfin, permettez-moi de conclure sur ce qui me tient le plus à cœur. Défendre, aujourd’hui plus que jamais, la liberté de parole est essentiel. Et la psychanalyse y contribue grandement. Le lieu de l’échange entre l’analysant et l’analyste est irremplaçable. C’est un des rares espaces où une parole peut se déployer sans être jugée, corrigée ou détournée. On peut y dire ce qu’on ne savait pas savoir. Advenir à son propre désir par la parole libre, c’est cela, au fond, l’enjeu de la cure. Et une société qui préserve de tels lieux donne un grand signe de civilisation.
Dans notre prochaine publication, nous étudierons le point de vue de Ludwig Wittgenstein relatif au corpus analytique.
Merci encore de votre présence, et à très bientôt !
L’article Editorial octobre 2026 : liberté de penser, liberté de parler !